Un moustique, l'anophèle, transmet un parasite, le plasmodium qui peut être mortel surtout chez les enfants, les vieillards et les personnes fragiles. Toutes les 30 secondes, un enfant meurt du paludisme. Présent dans plus de 100 pays, le
paludisme touche 40 % de la population mondiale. En 2004, on dénombrait 4 fois plus de cas et 3 fois de morts qu'en 1970 !
Les parasites ont développé une
résistance aux anti-paludéens classiques (chloroquine, etc).
Le traitement le plus simple et le plus efficace reste l'ACT (Artemisinin-based combination therapy) qui associe l'artémisine à d'autres substances.
En Europe il existe d'autres traitements efficaces qui nécessitent un suivi hospitalier impossible en Afrique.
Pas ou peu utilisé, un médicament dérivé d'une banale plante venue de Chine constitue probablement le meilleur espoir actuel de lutte contre le paludisme, une maladie qui tue un enfant africain toutes les trente secondes.
Alors que les chercheurs s'échinent à décrypter le génome du parasite responsable de cette maladie et celui du moustique qui le transporte ou à mettre au point des médicaments, ce remède, l'artémisinine, extrait du végétal
Artemisia annua, a fait se preuves depuis une bonne quarantaine d'années.
L'artémisine est une substance extraite d'une plante poussant en Chine l'
Artemisia annua L., de la famille des Armoisies.
On la trouve en abondance dans le sud de la Chine et elle est également cultivée dans certains pays africains. L’
Artemisia annua est utilisée depuis des milliers d’années par la médecine traditionnelle chinoise pour traiter la fièvre et le paludisme.
Son principe actif, l’artémisine, a été isolé par des chercheurs chinois, dans les années 1970. Les préparations aqueuses d’
Artemisia annua séchées figurent dans la pharmacopée de la République populaire de Chine pour le traitement de la malaria et de la fièvre.
L’histoire de l’usage médicinal de l’Artemisia annua remonte à la nuit des temps et commence en 340 (après J.C.) lorsqu’un scribe taoïste rédige un Manuel de traitements d’urgence donnant la recette d’une infusion à base de cette plante pour combattre la fièvre.
Quelque douze siècles plus tard, un médecin naturaliste et pharmacologue, Li Shizen, comprend que ce remède peut être utilisé contre les symptômes du paludisme et l’inclut dans un recueil qui fera date dans l’histoire de la médecine chinoise : " Les données générales sur les plantes médicinales "
L’histoire contemporaine de l’artémisine commence pendant la guerre du Vietnam lorsque l’armée nord-vietnamienne construit tout un réseau de souterrains. Comme ces tunnels récupéraient toute l’eau de pluie, les moustiques transporteurs du paludisme se reproduisaient dans l’eau stagnante. Le problème prit une telle ampleur, que l’armée nord-vietnamienne a perdu plus de soldats par le paludisme que par les armes. Les Nord-vietnamiens se sont alors tournés vers la Chine pour essayer de trouver une solution.
En 1965, des chercheurs militaires chinois avaient regardé les remèdes traditionnels à base de plantes pour essayer d’en trouver un d’efficace contre la variété de paludisme endémique au Vietnam. Ils ont assez rapidement trouvé l’armoise annuelle, dans une région de Chine peu touchée par cette maladie. Ils ont observé, qu’au premier symptôme de paludisme, les habitants de cette région buvaient une décoction d’
Artemisia annua. Cette plante était utilisée dans le traitement d’une grande variété de maladies en Chine depuis plus de deux millénaires. Généralement administrée sous forme de thé, elle n’avait pas d’effet secondaire visible et semblait très efficace.
Cette molécule s'avère très efficace, en association avec d'autres traitements, pour lutter contre la malaria (provoquant des millions de morts par année).
En effet la plante contient de l'artémisinine (qinghaosu (青蒿素)) une lactone sesquiterpénique qui s'est révélée efficace à titre curatif et non préventif contre des formes graves de paludisme (en particulier contre Plasmodium falciparum devenu en de nombreux endroits résistants aux médicaments classiques).
C'est donc une alternative simple à la portée des populations soumises à ce fléau. L’artémisine est utilisée avec succès, seule ou associée à d’autres antipaludéens, pour soigner le paludisme. Des recherches effectuées par des scientifiques américains suggèrent qu’elle pourrait également combattre les cellules cancéreuses.
Cette molécule illustre bien l'incroyable potentiel des plantes médicinales encore aujourd'hui pour lutter contre des maladies (graves), alors que les laboratoires investissent massivement dans des techniques de screening de molécules (technique combinant chimie et informatique) pour développer un nombre astronomique de molécules et les matcher avec la cible biologique, la phytothérapie offre une alternative étonnante.